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1/ L’AUTEUR :

Raoul Girardet, né en 1917, est un historien français, spécialiste des sociétés militaires et du nationalisme français. Raoul Girardet fut professeur à l’université de Paris, à l’École nationale d’administration (ENA), l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et à l’École polytechnique. Il est attaché aux grandes valeurs de l’honneur, la fidélité et la tradition. Les origines et les combats de Girardet expliquent en grande partie les centres d’intérêt autour desquels se concentre son œuvre : la question militaire, le nationalisme, le colonialisme, l’histoire des idées politiques. Vous trouverez quelques un de ses ouvrages en fin d’article.

2/ SYNTHÈSE DE L’OUVRAGE :

51PBP1ZHA3L._SX317_BO1,204,203,200_a. Dans la société militaire de 1815 à nos jours, Raoul Girardet décompose, décrit et démontre l’évolution du monde militaire, de la fin de l’empire à nos jours, d’un point de vue extérieur. Le sommaire du livre est le suivant :

  1. La vieille armée.
    1. Du soldat de la liberté au soldat de l’
    2. Le militaire fonctionnaire
    3. L’esprit militaire
    4. L’armée dans la cité.
  2. L’armée nationale.
    1. L’arche sainte
    2. Le grand débat.
    3. Crise de conscience.
    4. Rôle social et rôle colonial.
    5. Entre-deux-guerres.
    6. Le grand schisme
    7. Les leçons de l’Indochine
    8. L’épreuve algérienne
    9. Une conscience militaire à reconstruire

b. Vision globale: 

L’ouvrage est scindé en deux grandes parties. La première établit un état des lieux de la « grande armée » à l’issue de la chute de l’empire et son évolution au cours de la restauration, de la monarchie de juillet et du Second Empire. Raoul Girardet dresse l’inventaire d’une armée qui s’adapte aux multiples restructurations politiques de cette époque sans jamais n’avoir d’autre but que de servir « d’une obéissance passive ». Il décrit par ailleurs la vie des casernes, la rudesse du service de cette période ou le soldat est peu payé, mal nourri, peu considéré et ne reçoit aucune éducation. Armée en mal de guerre sur son territoire qui est peu considérée et qui se sédentarise dans les villes. La deuxième partie débute à l’issue de la guerre de 1870  qui amènera une armée de la nation, la conscription et le rôle social de l’armée. Codification de l’instruction, de l’éducation sous l’impulsion de novateurs tels Lyautey ou Pagézy de Bourdéliac. L’ouvrage montre que la guerre de 14-18 n’a eu que peu d’impact sur les mentalités et n’a provoqué que peu de remise en question du monde militaire en général. L’ouvrage est plus explicite sur les bouleversements amenés par le grand schisme de 1940 et les conséquences sur l’armée d’après-guerre. L’obéissance passive ne peut plus exclure une réflexion du subordonné sur sa mission et l’ordre reçu. L’auteur décrit ensuite la « découverte » par l’armée de la guerre nouvelle, la guérilla, la guerre psychologique avec : l’Indochine qui laissera une armée à deux vitesses, le corps expéditionnaire aguerri et passionné et les métropolitains fonctionnarisés et l’Algérie qui sera quittée après une promesse contraire et les blessures d’avoir abandonné un peuple à son sort. L’ouvrage se termine par le décryptage du lien qui unit l’armée professionnelle des années 90 avec la nation.

c. l’ouvrage plus  en détails:

Après la chute de l’Empire, l’armée apparaît comme un corps opaque qui sort de 20 années de guerres dispendieuses aux confins de l’Europe. Son impact sur le monde politique est alors moindre. Contrairement à l’opinion publique qui se divisera à plusieurs reprises durant la première moitié du XIXe siècle, elle semble faire bloc généralement en faveur du pouvoir central. Ses valeurs guerrières et les vertus qu’elle défend la font parfois passer pour passéiste. Pourtant cette impression de bloc uni, s’effrite au fur et à mesure que l’activité guerrière se restreint. Et les mêmes crispations politiques de la société apparaissent chez les militaires. L’ouverture du recrutement par Gouvion Saint-Cyr y est vraisemblablement pour quelque chose. C’est avec la deuxième république que l’armée sort véritablement de son effacement du monde politique. Dans l’imaginaire collectif et surtout politique, l’armée peut être remise à l’honneur par ses moyens qui permettent la mise en œuvre de grands travaux servant la grandeur pacifique et sociale de la France (à l’exemple de Bugeaud en Algérie).

C’est en 1872 que l’armée va devenir armée nationale, elle sera en effet refondue par l’Assemblée nationale à cette époque, avec le service obligatoire. C’est bien sûr après une défaite que l’armée tient son rôle plein dans le relèvement national. Elle participe de l’esprit de revanche de l’époque. L’officier en particulier devient un personnage d’élite (Création de l’école supérieure de Guerre par le général LEWAL).

Cependant, le sentiment de l’opinion publique et politique envers son bras armé va une fois de plus faire balancier à la fin du siècle et au début du suivant. Dans son sein également les problèmes de la société se cristallisent (Problèmes de religion, problème de tendance politique). Ainsi Georges Sorel dans ses réflexions sur la violence écrit : « La lutte contre l’institution militaire est un objectif prioritaire », c’est l’époque de la négation du devoir patriotique. Les intellectuels conspuent ce corps qui est traditionnellement tourné vers la tendance politique représentant le plus l’autorité, ou du moins vers le pouvoir légal. C’est la difficile période des fiches. L’armée en ce début de siècle est ainsi au plus mal. L’avancement est difficile, les soldes sont au plus bas, c’est la morne vie de caserne. (Alfred de Vigny).

C’est à partir de 1911 une fois le danger imminent que va changer l’opinion publique. Il y a alors un véritable engouement pour l’épopée coloniale vue comme une conquête pacifique. L’officier prend alors une nouvelle dimension, décrite par Lyautey dans son Rôle social de l’officier, alors que Psichari pense que l’armée doit être en rupture avec la société.
L’auteur évoque ensuite les aléas des relations entre la Nation et son armée qui au gré des conflits vont s’embellir ou s’assombrir. Ainsi l’entre-deux-guerres est-il une période morne. Une période également de vide intellectuel pour l’armée. « C’est la mélancolie du corps militaire hors des périodes de grands efforts » selon De Gaulle dans « Vers l’Armée de métier. »
Les évolutions modernes, partant du vrai schisme de 1940 où l’armée se déchire au même titre que la société sont alors mises en avant. La Résistance crée un précédent de non-obéissance qui sera repris pour les guerres de décolonisation. La guerre d’Indochine marque une rupture nette entre l’Armée et la Nation. Rupture idéologique, incompréhension, manque de communication.  Alors que la France est embourgeoisée, le soldat deviendrait-il réfractaire ? Une fois de plus l’épreuve de la  décolonisation distendra les liens entre militaire et politique.
L’auteur au travers cette fresque nous montre donc que si les liens sont tangibles entre l’armée et la société, ils suivent de manière assez cyclique les grandes évolutions de la société. Il est évident que tout mouvement historique, courant de pensée, ou action politique a eu des conséquences sur l’armée.

d. Quelques morceaux choisis:

-Le militaire fonctionnaire : « Dans toutes les classes de la société, une aversion dédaigneuse devint presque une affaire de mode, s’attache à la profession des armes, écrit un officier en 1828. L’officier semble vouloir oublier qu’il est militaire, affirme de son côté le général Lamarque. », p22.

-Le rôle social de l’officier : « […] profiter du passage dans les rangs de l’armée d’un grand nombre de jeunes Français pour leur apprendre le patriotisme, le sens du devoir, le culte de l’honneur et de l’honnêteté. On le voit : ce sont les bases d’une véritable pédagogie militaire que pose la brochure de Pagézy de Bourdéliac. C’est une mission nouvelle qu’elle propose à l’officier, une mission de moniteur, d’instituteur, d’éducateur. » P111.

-Connaissance des hommes : « Et pourtant le seul fait qu’un chef militaire puisse désormais se croire obligé, et cela sous peine de paraître un mauvais officier, de connaître ses hommes, de leur parler, de les interroger, ce seul fait marque une orientation nouvelle de la morale et de la psychologie militaire. Le type d’officier que dépeint Lyautey en 1891, connaissant mieux que ses hommes les chevaux de son escadron, il faut bien admettre qu’il n’apparaît plus, une vingtaine d’années plus tard … » P222.

-Engagement : « Je ne suis pas un fonctionnaire, fait dire à un officier, ancien d’Indochine, un jeune romancier militaire. Je ne fais pas la guerre de neuf heures à midi ni dans un bureau ; les congés payés ne m’intéressent pas ni l’allocation de salaire unique. Je me contrefous de la retraite vieillesse attendu que je serai tué avant (…) je n’ai ni le temps ni la possibilité de jouir de tous les avantages qui sont devenus le but unique de l’existence de mes compatriotes (…) Je n’ai ni amertume ni regrets. J’ai la passion de mon pays et la passion du métier que je fais. », p282.

3/ ANALYSE – AVIS

À l’instar de la société et pourtant en marge, le monde militaire évolue, se transforme. Si le fondement majeur de l’armée reste l’obéissance à ses chefs et la délégation par la nation de l’usage de la force, elle n’en a pas moins développé au cours du temps un rôle qui sort bien du seul cadre de la guerre.

L’armée s’est forgé  un rôle social par la formation des jeunes intégrant ses rangs (deuxième chance, SMA …) et reste à nos jours un puissant escalier social.

Au-delà de la seule défense militaire, elle participe activement aux missions de police (gendarmerie, marine), aux missions de secours (sécurité civile, réquisition des forces), aux missions de renseignements (DGSE, DPSD, DRM …) et à des actions humanitaires.

Le monde militaire évolue en parallèle de la société, garant de ses valeurs et renforçant chaque jour le lien qui l’unit à la nation. Le militaire est un citoyen à part entière qui a choisi de servir la société qui l’a fait naître.

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