travailleur
Pour consulter le livret qui regroupe l’ensemble des « Confidences sur le commandement » du général Wilfrid Boone, cliquez ici



Mon cher ami,

Gagner, réussir! N’est-ce pas l’ambition légitime de chacun?
La vôtre dans votre commandement? Celle de vos subordonnés, y compris les plus jeunes?

Parlons-en donc de nos soldats de 20 ans! Aujourd’hui surtout, réussir dans sa famille, c’est-à-dire s’insérer harmonieusement, avec frères et sœurs, ou seul (!), dans la vie de parents unis – tout en prenant petit à petit assurance, initiative, autonomie, indépendance… croyez-moi, ce n’est pas le lot de tous. Vous devriez compter les jeunes de votre Corps qui ont réussi dans leur famille.

Réussir à l’école? Certains le font, d’autres non. Et parmi les premiers, quelques-uns font des ratés dans la vie…

Réussir dans un métier? Ce n’est pas courant d’y parvenir à vingt ans. Et c’est bien normal d’ailleurs.

Au bout du compte, rares sont les garçons qui arrivent à l’armée avec l’habitude de gagner, avec une mentalité de vainqueur*

Or “l’homme n’est pas fait pour la défaite” a écrit fort justement Hemingway. Ne serait-il pas alors intéressant de baser l’insertion des nouveaux venus dans la vie militaire, leur instruction, l’apprentissage du difficile métier de la guerre (1) sur une pédagogie du succès? Pour qu’au moins une fois, qu’au moins CETTE fois, ces garçons gagnent.

Parce que justement beaucoup de ceux qui vous arrivent recherchent un but, il apparaît opportun de placer l’ensemble des activités sous l’éclairage constant de la mission, et d’exploiter dans ce sens toute méthode d’instruction.

Que pourrait donc être une pédagogie du succès? Une telle entreprise me parait s’ordonner autour de trois principes, étroitement dépendants les uns des autres:

pas de succès gratuit,
pas d’échec pour qui travaille, pas de “gaspi”.

Pas de succès gratuit: la chance, souvent trompeuse, hasardeuse par définition, est toujours éphémère. La réussite se mérite. Elle est le fruit d’un effort conscient, conduit, organisé, du travail, elle résulte de la compétence, de l’expérience. Celui qui a compris ce principe et qui l’applique doit gagner et, ce faisant, faire gagner.

Pas d’échec pour qui travaille: à l’instruction comme dans l’éducation au sens des responsabilités, il doit y avoir progrès visible pour celui qui travaille. C’est ce progrès qui l’incitera à persévérer. À l’instructeur, à l’éducateur, au chef, de mesurer les obstacles à l’aune des enjambées de chacun. Il ne s’agit pas de supprimer les difficultés et donc l’effort, mais d’adapter les étapes successives aux possibilités.

On le fait déjà, me dites-vous, en sport, au tir, en instruction technique… C’est exact, il existe une… progression et il faut la respecter. Mais ajoutez-y cette démarche intellectuelle qui rejette l’échec pour qui travaille:

Grâce à une juste mesure dans les étapes successives des épreuves, grâce à la solidarité, à la solidité du groupe soudé autour du chef, grâce au dynamisme lucide de ce chef.

Ces facteurs: progressivité ajustée – cohésion – clairvoyance dans l’esprit d’entreprise… essentiels pour la réussite de l’instruction, sont prépondérants dans le succès de toute éducation au sens des responsabilités. Là plus qu’ailleurs, l’échec est catastrophe!

Le petit gradé, le conducteur, le “responsable”, quel que soit le niveau de sa mission: chef de chambre, magasinier, tireur d’arme lourde… Surtout s’il est jeune, doit être mis en condition de réussir. Ne mettons sur les épaules du subordonné, du soldat, que le poids des responsabilités qu’il est capable de porter, un peu moins si possible, pour qu’il passe avec succès l’épreuve que constitue chaque mission.

Sans une telle démarche, l’adhésion recherchée fait place à la soumission, au découragement, à la résignation, à l’indifférence… Et le rendement tend inexorablement vers zéro!

Pas de “gaspi”: les forces que l’on a mobilisées doivent être orientées avec à-propos dans la direction la plus efficace, la plus utile, pour la mission comme pour le moral.

À l’instruction, bannissons ce qui ne peut pas passer: mettre au programme une matière sans avoir une chance de la voir acquise est une évidente perte de temps! Si son utilité est incertaine, supprimons-la!

Consacrons les délais ainsi récupérés (élimination des inutilités et de ce qui ne peut pas passer) à ce qu’il faut vraiment apprendre et à son “accommodement”, c’est-à-dire à la pédagogie*

Tout cela, nous le savions déjà, allez-vous me dire! Peut-être. Tant mieux. Mais le faisons-nous? Avons-nous bâti nos programmes, monté nos progressions (2), organisé la vie du Corps, pour que chacun aille de succès en succès? Et pas seulement ceux qui “débarquent”… mais les sous-officiers, en commençant par les plus jeunes… mais les officiers sortant d’école… mais les commandants d’unité, les anciens, tous finalement.

La pédagogie du succès, c’est apprendre à gagner, c’est apprendre à forger sa volonté pour gagner. C’est apprendre à travailler pour gagner. Et le but de la guerre, c’est la victoire… et non la croix!

Au risque de choquer certains, je terminerai en disant:

“Rien n’est plus stupide que cette expression: on va se faire tuer à la guerre! Le type qui va se faire tuer à la guerre est un inutile… La guerre est le jeu le plus dur du monde et il faut y aller pour le gagner ”.

Cordialement,

1 – La guerre n’est pas un métier, je sais. Mais quand on la fait, il faut la faire comme un métier… en pro!

2 – Progression… progrès… réussite… succès…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *