L’auteur :

Philippe Masson est agrégé d’histoire, docteur ès lettres et membre de l’Académie de Marine. Il a commis depuis vingt ans de nombreux ouvrages – plus d’une vingtaine – dont le thème principal et central est l’étude de la marine française, mais qui rayonne dans les directions qui touchent peu ou prou à ce sujet.

Thème de l’ouvrage :

L’auteur aborde successivement et indépendamment les unes des autres différents thèmes qui se rapportent à l’homme dans la guerre, ou plus exactement, les hommes individuellement dans la guerre.

Organisation de l’ouvrage :

Organisé en dix chapitres, cet ouvrage est une étude des armées au long des guerres du vingtième siècle. L’environnement du soldat, le côté paradoxal de la guerre, le comportement militaire du soldat dans les combats, hors des combats et après les combats, sont successivement abordés.

Synthèse de l’ouvrage :

Les armées du XX° siècle sont composées principalement d’appelés, davantage que d’engagés et atteignent des tailles de plus en plus gigantesques, regroupant les couches sociales les plus basses. La supériorité des armées révolutionnaires finit par l’emporter sur les armées démocratiques, dont le format tend à diminuer.

L’environnement du soldat évolue ; il est principalement transporté par voies ferrée et maritime vers des contrées nouvelles dont il découvre la population et les modes de vie. Il est alors confronté à un terrain difficile, supporte des climats rigoureux dans un environnement de mort et de ruines qui le confine à une promiscuité à laquelle il n’était pas habitué.

Dans cette confrontation permanente entre l’épée et le bouclier, les effectifs consacrés au soutien croissent et le champ de bataille s’étend. Les pertes de l’infanterie, de l’aviation de bombardement et des sous-marins sont de loin les plus importantes. La valeur des unités est très variable ; elle est fonction de la conjonction de plusieurs facteurs, l’instruction, l’entraînement, l’armement, la tenue, les récompenses accordées, la régularité du courrier. La terrible puissance du feu, l’apparition de nouvelles armes, l’importance des tirs fratricides, le risque croissant d’être blessé, poussent les capacités humaines à leurs limites ; la rupture du moral peut être définitive ou temporaire, la guerre révèle tour à tour les héros et les lâches. A ces variables, s’ajoute l’importance de la conviction que la guerre menée est juste. C’est le cas des armées révolutionnaires et de l’armée soviétique qui se bat de manière primaire et idéologique mais qui lutte jusqu’au bout.

La guerre aussi révèle les chefs, le plus souvent dans leur impéritie, leurs différends, leurs luttes contre le pouvoir politique, leur désintérêt pour le sort de leurs subordonnés et il n’y a guère que les maréchaux Pétain et Hindenburg qui feront l’unanimité de leurs soldats.

Si le moral des armées peut fluctuer, en fonction principalement des pertes subies, le soldat quant à lui, en général, se bat comme s’il était mu par une force qui le
dépasse. Par conséquent, les armées tiennent et ne s’écroulent pas, c’est le cas de toutes les armées pendant la 1° guerre mondiale et principalement de l’armée allemande pendant la 2° guerre mondiale. En effet, les autres armées engagées entre 1939 et 1945 n’auront pas montré un tel enthousiasme, du côté américain, anglais ou français. De cela découle un moindre respect pour l’adversaire. Ce manque de respect se traduit par un nouveau traitement des prisonniers. Pour la première fois, au XX° siècle, ils se comptent par millions et leur sort, même s’il commence à intéresser les Etats et les organisations comme la Croix Rouge, il reste particulièrement pénible, voire dramatique. Si les Allemands respectent les prisonniers occidentaux, ils réservent aux prisonniers russes un sort terrible, ceux-là mourront en grand nombre et les rescapés finiront dans les camps soviétiques. De leur côté ni les Français, ni les Américains, ni les Russes n’épargneront les prisonniers dont la moitié ne reviendront pas vivants. Un tel taux se retrouvera parmi les soldats français prisonniers en Indochine.

Au retour de la guerre les anciens combattants des pays occidentaux se groupent en associations pour diminuer le décalage avec la société civile, une fois que leur action a été reconnue. Les cimetières militaires deviennent un lieu de mémoire et le culte des morts revêt une importance certaine au lendemain des conflits.

Commentaire personnel de l’ouvrage :

Cet ouvrage ne propose pas particulièrement de thèse, il illustre plutôt par une grande quantité d’exemples choisis dans les différents conflits les vicissitudes de la guerre et la petitesse de l’Homme dans cet ensemble qui l’anéantit, le révèle sous son jour le plus sombre, mesquin et bestial, dans son côté, au fond, le plus inhumain. L’auteur s’efface devant le caractère énorme de la tâche qu’il s’est fixée ; il contemple le déroulement de ces guerres, il zappe sans s’arrêter et montre ainsi le caractère récurrent de l’homme dans cette phase de sa vie et de son humanité ; la force, l’acuité des exemples se suffisent à elles-mêmes.
Le choix des exemples ne suit pas un ordre chronologique ou thématique et ne donne pas lieu à une tentative de synthèse ou de commentaire ordonné.
Les conclusions partielles vont parfois à l’encontre de celles auxquelles on s’attendrait. Par exemple l’accroissement de la taille des armées et du champ de bataille serait le reflet de l’inefficacité des armées, thèse facilement contredite ; la combativité ne serait fonction que de l’irrationnel, alors que l’auteur en a auparavant assez précisément décrit les critères.

Le lecteur, qui était déjà persuadé que la guerre est une chose épouvantable, risque de rester sur sa faim. En effet, une étude de l’homme dans la guerre pourrait comporter une partie plus philosophique qui traiterait succinctement d’une approche de l’homme en guerre, passée par le prisme de la civilisation, de la culture et de la religion. Quitte à montrer ainsi qu’au fond l’homme se libère de tout ce qui lui confère sa dignité, dès lors qu’il est emporté dans cette tempête. Il serait alors intéressant de chercher à comprendre d’une part si l’homme est alors définitivement blessé par la guerre et d’autre part quelles sont ses prédispositions. Les lois établies souvent au lendemain des guerres pour tenter de gommer l’une ou l’autre des facettes effrayantes de la guerre pour humaniser la suivante ne sont-elles alors que châteaux en Espagne et pacifisme angélique ? Si véritablement ces lois engendrées par des civilisations et cultures souvent occidentales et bien souvent inspirées ne servent à rien, qu’elles ne soient pas reconnues ou qu’elles ne soient pas respectées, il devient alors intéressant de s’interroger sur leur opportunité. Cette accumulation d’exemples fait immédiatement songer à la célèbre formule de Paul Valéry, qui dit en substance que l’Histoire n’apprend rien car elle contient tout et son contraire. Ceci est encore plus vrai si l’on se limite à des exemples bruts. En conclusion, cet ouvrage est une bonne compilation d’exemples mais reste un peu décevant dans le domaine de la réflexion que l’on pourrait mener à partir d’un thème si riche.

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