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Une lettre d’une actualité criante !
Je suis sidéré de lire cette lettre et de constater combien elle est encore valable plus de 35 ans après.
 
Mon cher ami,
 
C H AN G E M E N T . . . (NDLR Mitterand vient d’arriver au pouvoir)
 
Peut-être seriez-vous déçus si cette lettre ne vous apportait pas quelques échos des événements que vient de vivre notre Patrie.
 
Rassurez- vous! Il ne s’agit pas de “faire de la politique”. Ce n’est pas mon métier, ni le vôtre. Je crois seulement bon de rappeler quelques faits et idées.
 

  • FAIT 1: la France a changé de gouvernants.
     
    IDÉE: l’Armée est le bien commun de tous les Français, la défense est l’affaire de toute la France.
     
    CONCLUSION: comme la France, l’Armée continue. Sa mission demeure:
    défendre le Pays. C’est NOTRE mission, c’est NOTRE raison d’être.

     

  • FAIT 2: c’est au nom du changement que cette mutation vient de s’accomplir.
     
    IDÉE: l’Armée ne craint pas le changement. L’Armée de Terre vient de vivre 18 années de réformes. Elle a connu pendant cette période trois organisations foncièrement différentes. Les conséquences de la plus récente ne sont pas encore “digérées”.
    Le changement, les soldats en ont une solide expérience, astreints qu’ils sont,tous les deux ou trois ans, à des mutations qui les remettent chaque fois “au pied du mur”, les obligent à se réadapter, à faire la preuve de leur capacité de travail, de leur souplesse technique, de leur polyvalence.
     
    CONCLUSION … en forme de question: Pourquoi le changement nous ferait-il peur? Nous sommes les champions de l’imprévu.
     

  • FAIT 3: …? (Attendons, ça viendra!).
     
    IDÉE: le changement n’est justifié que s’il correspond à un PROGRÈSgénéral Boone, changement, politique, élection présidentiel, dire, vivre, faire vivre, éducation militaire, jeunesse. Le progrès peut appartenir au domaine de la qualité (meilleure performance) ou de l’économie (au moins aussi bien pour moins cher). Mais il ne peut être immédiat, ce serait trop beau! Il faut 15 ans pour faire un char et en équiper une armée – 5 ans pour faire aboutir une réorganisation – 20 ans
     
    (malheureusement) pour améliorer les comportements… alors qu’en quelques heures on peut les détériorer. L’expérience prouve d’ailleurs que ce qui porte des résultats immédiats constitue rarement un progrès.
     
    CONCLUSION: sauf à casser l’outil auquel nous travaillons depuis si longtemps – et je veux exclure cette hypothèse – le changement ne peut être que l’aboutissement d’une réflexion approfondie, d’une étude mûrie, d’un travail achevé… même si ensuite, l’exécution de la décision doit s’effectuer dans la rapidité.
     
    D O N C: attendons le futur changement de pied ferme. Continuons à vivre le changement permanent qui est le lot de toute Armée parce qu’il est nécessaire à l’évolution et au progrès.
     
    Dans cette mouvance, restons sereins, sûrs de notre capacité, fiers de notre valeur, de la qualité de nos régiments, conscients plus que jamais d’être l’Armée de la France.
     
    Un dernier conseil: restons sereins mais non béats! Restons vigilants. Les provocations, cela existe et nous venons d’en avoir la preuve en 5ème Région. Seul remède: rendre compte de tout ce qui parait anormal, même si le bon sens tend à le croire anodin: ouvrez l’œil et le meilleur!
     
    Et rappelez-vous la vertu première du fantassin, la méfiance!
     
    Soyez “fantassins”…
     
    Puisque l’on parle “changement”, il existe un domaine où le changement serait
    Bienvenu: l’ “ÉDUCATION ”.
     
    Parce que la famille chancelle, que l’école s’en moque, que la société s’en désintéresse, nos soldats (de tous grades, de tous âges) ignorent bien souvent les règles élémentaires de la vie en commun. Quand il y a groupe, les débordements menacent. C’est la mode: on refuse contraintes, formes, règles de conduite, discipline, politesse. On préfère “gesticuler” que se tenir!
     
    Or le soldat, ce doit être un homme de discipline (voire de foi), respectueux des autres et de leurs biens, de tout ce qu’il a mission de protéger – un homme qui doit savoir se conduire de façon correcte et autonome, user d’initiative, prendre ses responsabilités. C’est toute une éducation dont chacun a besoin pour acquérir ces qualités, une éducation qui, pour être reçue, doit partir de quelques bases admises, même si elles sont peu répandues.
     

    Des bases? En voici trois:
     
    La liberté: le refus des contraintes, de la politesse, de la discipline, cela s’apparente à un goût immodéré, non maîtrisé, pour la liberté. Or la liberté de chacun passe par le respect de celle des autres, par la maîtrise que chacun garde de la sienne pour laisser place à celle des autres.
     
    Apprendre à vivre dans la liberté, voilà une première base.
     
    L’écologie: elle est à la mode, le respect de la nature, des fleurs, des petits oiseaux, tout le monde en parle. C’est très respectable, à condition que l’on sache pourquoi. Et si l’on répond à ce “pourquoi”, on découvre les raisons qui imposent de respecter le matériel du réfectoire et du foyer, de tenir propre sa chambre…
     
    L’écologie qui aboutit au respect du cadre de vie, pour les autres ET pour soi-même, ce serait ma deuxième base.
     
    La générosité: si les jeunes d’aujourd’hui ont quelques défauts (dont leur jeunesse qui est un mal essentiellement passager), il faut leur reconnaître de grandes qualités d’altruisme et de générosité. Nos garçons peuvent donner et se donner s’ils croient aux raisons pour lesquelles on les invite à être généreux. C’est peut-être pour cela que certains servent dans votre Régiment…
     
    Cette générosité constitue ma troisième base ;
     
    Une liberté consciente et assumée – le respect du cadre de vie – la générosité…Pour construire à partie de ces trois idées, ma recette tient en trois verbes:
     
    – DIRE- VIVRE- FAIRE VIVRE.
     
    DIRE… parce que cela va mieux en le disant, qu’il y a des vérités à clamer et à proclamer, que dire, c’est parler et que vous, vos cadres serez peut-être les premiers adultes à parler en adulte à vos bonshommes. Et “que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende!”
     
    Il s’agit d’être explicite, net, de ne pas “tourner autour du pot”: montrer le vandalisme là où il est, l’égoïsme comme il est vécu – en appeler à la liberté assumée, au respect du bien commun, du cadre de vie, des autres… à la générosité!
     
    Dites… Parlez… Répétez… Ça passe ou ça ne passe pas… il en reste toujours quelque chose si vous vous y prenez bien, si vous avez le “fit”, le contact.. si vous pensez à la suite.
     
    VIVRE… vivre soi-même ce que l’on veut que les autres vivent, c’est donner l’exemple.
     
    Je vous fais l’honneur de croire que vous vivez comme un honnête citoyen! Mais ce respect des autres dont doit témoigner notre vie, ce respect des matériels, cette générosité… ils peuvent être vécus tous les jours, au quartier, au bureau, sur le terrain, au volant d’une voiture. L’exemple que donneraient TOUS les gradés, il finirait bien par passer.
     
    L’éducation, c’est d’abord un exemple permanent à imiter, un exemple qu’il devient tentant d’imiter. En vivant le comportement que vous voulez faire adopter, vous vous engagez personnellement, vous montrez votre savoir-vivre. Il reste à le faire…déteindre!
     


     
    FAIRE VIVRE… Vous savez ce que vous voulez obtenir: un minimum d’éducation, de responsabilité dans le comportement quotidien. Vos cadres, vous les avez convaincus, ils ont appris à vivre en gens éduqués et responsables, qui savent qu’ils sont l’exemple, qu’ils doivent l’être.
     
    À vous maintenant de veiller à ce que personne ne relâche l’effort en précisant sans cesse ce que chacun doit faire et comment, et à faire dire à chacun ce qu’il compte faire personnellement pour encore s’améliorer.
     
    En page 9 du T.T.A. 153, édition 1979, je relève que le Chef… “fait acquérir des comportements en invitant les intéressés à se perfectionner, c’est L’ÉDUCATION… ”
     
    Cordialement
     
    Général Boone.
     

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