1/ L’AUTEUR

INFANTRY IN BATTLE a été rédigé dans les années 1930 par un collectif d’officiers de l’armée de terre américaine qui ont compilé, condensé, étudié, commenté et illustré des phases tactiques des combats de 1914-1918. Réédité en 1938 cet ouvrage a été entièrement réétudié et réécrit à des fins pédagogiques par la section des publications et de l’histoire militaire de l’école de l’infanterie américaine sous la direction du colonel C. MARSHALL. Il n’a jamais été publié en langue française.

2/ SYNTHESE DE L’OUVRAGE

Au travers de 27 chapitres, les auteurs s’attachent à l’évocation et à la description rapide et synthétique de situations de combat des petites unités du niveau bataillon et compagnie. Ils listent ainsi les principes acquis lors de l’instruction en temps de paix au prisme de l’engagement dans la bataille. Ce livre a pour objectif de développer un nombre important d’enseignements appuyés sur des cas concrets plus de que de fournir un nouvel ouvrage de tactique théorique. Chaque chapitre développe un thème de réflexion qui s’appui sur des exemples concrets d’engagement des forces pour en tirer des conclusions simples.

Les 27 chapitres peuvent être analysés et étudiés sous le prisme des 3 principes de la guerre définis par le maréchal Foch souvent cité:

Le premier principe mis en avant est celui de la concentration des efforts

L’unité de commandement est surtout mise en exergue à travers la place du chef dans la prise de décision. C’est le chef qui saisit en effet ou non l’opportunité de remporter la victoire, en faisant preuve de discernement au moment adéquat. Le chef gagne ou perd une bataille par la saisie d’une opportunité. C’est la clairvoyance du chef, sa force de caractère, sa volonté et son sens tactique ou stratégique qui amène la victoire emportée en dernier ressort par des troupes aguerries. La prise de décision du chef est déterminante et doit trouver un équilibre entre précipitation et retard. Toute décision doit respecter le plan général mais le chef doit pouvoir prendre les bonnes décisions au bon moment pour garantir l’état final recherché. Ainsi les contre ordres ne doivent pas être déconsidérés mais au contraire être acceptés comme des incidents normaux dans la bataille en cours. Il s’agit alors d’avoir des états majors de régiment d’infanterie mobiles et proches des troupes au contact La réussite de la mission passe aussi par un souci de communication permanent du chef avec la troupe en commandant au plus près de l’action. Ainsi pour le major général J. F. C. Fuller de l’armée britannique: « Si les communications internes entre
les événements au fronts et les plans à l’arrière ne sont pas maintenus, 2 batailles vont se dérouler une bataille théorique de l’état major à l’arrière et une bataille réelle sur le front ».

La recherche de la supériorité : La concentration des efforts passe par la recherche de la supériorité et l’optimisation des capacités des systèmes d’armes, facteur de puissance il faut alors coordonner leurs effets pour multiplier l’efficacité sur l’objectif choisi. La coordination entre les systèmes d’armes est multipliée par celle entre le renseignement, le mouvement et le feu. Le livre insiste sur l’utilisation des armes d’appui de contact et sur le couple infanterie artillerie. Ainsi les exemples cités montrent que «Le feu sans le mouvement est inutile et le mouvement sans appui est suicidaire ». Ainsi lors des combats de ST MIHIEL l’utilisation massive des armes collectives a permis de préserver les troupes. Ces combats ont montrés l’importance de ne pas réserver ce type d’arme uniquement aux missions défensives mais au contraire de les intégrer dans tous les types d’opérations. Les auteurs mettent aussi l’accent sur la combinaison artillerie infanterie et notamment sur l’importance des liaisons, la préparation en commun des missions et sur la confiance mutuelle accordée afin de lier leurs actions et d’éviter les désastres. Cela implique un rythme, un tempo de la manœuvre. La coordination des effets doit donc prendre en compte le facteur temps et l’utiliser au mieux pour le succès de la manoeuvre.

Le choix du point d’application : Dans tous les exemples cités la réussite de la mission passe par la concentration des efforts qui se réalise sur un point d’application qu’il faut savoir choisir judicieusement. Ce point d’application pourra être le centre de gravité de l’ennemi ou un des points décisifs représentant une de ses vulnérabilités critiques. Afin de déterminer la localisation de l’effort principal, le chef recherche en permanence le point faible de l’ennemi ; il s’agit ainsi de déterminer le centre de gravité ennemi qui est souvent les flancs ou l’arrière et d’y adapter sa manoeuvre.

L’importance du plan de manœuvre : Le plan de manœuvre des petites unités d’infanterie doit être simple et rapidement réalisable. Le concept d’opération du chef joue une part cruciale dans la réussite de la mission, il s’agit d’avoir un effort principal et de ne pas diluer les efforts au risque de devenir faible partout. Cette liberté d’action est garantie par la capacité du chef à gérer le temps et l’espace ainsi en effectuant des reconnaissances poussées ou en diffusant des ordres préparatoires. La réactivité est déterminante notamment dans le processus décisionnel et dans la conduite des opérations. La mobilité induit aussi bien la rapidité que la flexibilité. Cela est d’autant plus vrai lorsque la force ne possède pas l’avantage du terrain où connaît un rapport de force défavorable.

Second principe développé : l’économie des forces.

La recherche du but à atteindre s’exprime dans l’expression claire du choix de l’objectif majeur. Nous retrouvons ici encore le souci de bien intégrer l’esprit de la mission reçue mais cette fois décliné dans sa lettre, en exprimant clairement le choix de l’objectif majeur et les tâches à accomplir pour l’atteindre. La planification de la bataille est primordiale et toute bataille conduite et engagée sans plan initial est vouée à l’échec.

Cette économie des forces réside aussi dans l’affectation raisonnée des forces aux ensembles tactiques. Il s’agit ainsi d’avoir une action coordonnée avec les unités voisines pour donner par exemple lors d’une attaque globale un sentiment de « torrent en cru » décrit par Liddel Hart qui « fragiliserait les berges pour continuer son action dévastatrice ». Cela serait possible par l’utilisation de la réserve qui lors d’une attaque doit permettre aussi bien d’exploiter un succès que de combler une faiblesse. Il faut opposer la force à la faiblesse de l’ennemi et d’employer la réserve comme un coin dans le dispositif ennemi. Ainsi le 7 août 1915 dans la bataille des Dardannelles, les australiens engagèrent leur réserve avec succès sur le même terrain et avec la même manœuvre utilisée par leurs unités d’assaut mises en défaite précédemment. Ces manœuvres victorieuses dans des circonstances difficiles nécessitent une élasticité de l’esprit une intelligence rapide et vivace des chefs d’infanterie. Cela induit des unités d’infanterie bien entraînées à la manœuvre. Ainsi en guerre les troupes restituent uniquement ce qu’elles ont appris en temps de paix, d’où la nécessité de l’entraînement, du re-jeu et surtout du « drill » pour conserver aux actes réflexes et aux actes élémentaires leur sens premier.

Tout au long de l’ouvrage les auteurs mettent aussi l’accent sur la simplicité. Des plans simples, des ordres précis et concrets minimisent les risques de confusions, la simplicité permet de rompre le nœud gordien dans de nombreuses situations indécises. Un ordre clair doit exprimer clairement la volonté du chef et doit bien décrire la situation, ainsi un bon ordre doit répondre à trois caractéristiques essentielles : concis, clair et à temps. Pour que les ordres soient bien compris et donc bien exécuté par la troupe il est fondamental que la supervision et le contrôle de l’exécution des ordres soient réalisés

Le dernier principe évoqué est la liberté d’action.

Elle repose sur une capacité d’analyse et de compréhension de la mission dans sa lettre et dans son esprit, sur une connaissance approfondie et surtout sur une compréhension de l’adversaire et du milieu et enfin, sur une organisation rigoureuse de la sauvegarde.

Capacité de prendre l’ascendant et d’imposer son rythme à l’adversaire se caractérisant par une supériorité de l’offensive. Il s’agit de garder l’initiative face à l’adversaire. Ceci implique de manoeuvrer avec réactivité et de saisir les opportunités mais aussi la mise en place d’unités de reconnaissance qui bien entraînées bien équipées et surtout avec des missions précises doivent permettre au régiment et même à la division de pouvoir concevoir sa manœuvre à partir de renseignements précis et concrets sur le dispositif ennemi. Les changements rapides de situation requièrent souvent des modifications dans la prise de décision, à ce titre les contre ordres seront fréquents et doivent être considérés comme des « incidents normaux de la bataille ».

Connaissance réelle du milieu : Il est fondamental d’analyser et d’intégrer le cadre géographique physique et humain dans sa réflexion sur la manoeuvre à choisir. L’analyse du terrain est un préalable à toute action militaire. Il peut d’ailleurs imposer des priorités tactiques. Au sens terrain il faut entendre l’environnement général du combattant et surtout la lecture qu’il peut en faire.

Aptitude à créer la surprise : Il s’agit de maintenir l’adversaire dans l’incertitude. Il existe toujours un « brouillard de la guerre » qui si il nous gêne, doit aussi gêner l’ennemi. La surprise peut également avoir un effet moral décisif sur l’adversaire. Ainsi les attaques allemandes de juin et début juillet 1918, réussissent avec succès mais a compter du 15 juillet les même méthodes échouent. Les forces françaises ayant pris des contres mesures faces à des attaques stéréotypées. La surprise doit se caractériser par la simultanéité et la soudaineté de l’engagement. Ainsi l’offensive française du printemps 1917 échoua par un manque de surprise du à des jours de tir d’artillerie de préparation qui ont dévoilés l’attaque.

Le dernier thème développé dans le livre et véritable colonne vertébrale de l’ouvrage est la force morale du chef. Dans chaque chapitre les auteurs insistent, sur la volonté individuelle et sur le courage du chef de refuser la facilité et l’abattement. La formation morale du combattant est une constante dans tous les exemples cités et met en exergue la capacité du chef à faire abstraction de l’environnement pessimiste et sa détermination à ne pas montrer ses faiblesses et à remplir sa mission à tout prix. On reconnaît dans ce thème le but premier de ce livre destiné à l’instruction et à la formation des futurs chefs infanterie de l’armée américaine.

3/ ANALYSE – AVIS DU REDACTEUR

INFANTRY IN BATTLE est l’un des ouvrages militaires américains les plus importants sur l’infanterie au combat jamais écrit En effet, cet ouvrage reste très actuel, très pédagogique et est toujours en bonne place dans la bibliothèque du général staff collège américain et mérite toute l’attention car les exemples choisis ainsi que les thèmes évoqués restent pertinemment d’actualité.

Le livre offre tout d’abord l’avantage de cerner rapidement l’essentiel : Il constitue un excellent ouvrage de vulgarisation de la tactique et doit être considéré comme un traité à vocation d’instruction pratique, destiné à la formation des futurs chefs infanterie de l’armée américaine.

Il est aussi une incitation à la réflexion, notamment pour les jeunes officiers Il répond parfaitement aux attendus de l’histoire militaire, telle que la définissait le Maréchal FOCH : « Des recettes pour créer des chefs-d’oeuvre comme Austerlitz ou livrer des bataille comme Sadowa, voila ce que la théorie est incapable de donner ». La brièveté des chapitres, conduit forcément à la simplification et va à l’essentiel. Ce livre n’est pas exhaustif mais est suffisamment clair et concis pour comprendre et appréhender la place de l’infanterie dans la bataille. Il n’offre pas de solution idéale pour le tacticien ou le stratège d’aujourd’hui. Il permet de rappeler des principes simples en les appuyant sur des exemples historiques concrets.

Enfin, des leçons à tirer :
Préfigurant les publications du retour d’expériences, il met en évidence l’importance des enseignements du passé et pose le problème de la diffusion de l’enseignement. Le livre pose aussi la question de la place accordée à l’enseignement de l’histoire militaire au sein des unités et des écoles, car ce livre n’a jamais été traduit en français et aurait toute sa place dans les bibliothèques des écoles d’armes. Les thèmes évoqués sont suffisamment concrets pour pouvoir allier réflexion tactique, connaissance des combats de la première guerre mondiale et apprentissage de la langue anglaise.

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