formation profesionnelle

Mon cher ami,

FORMER LES CADRES…

Il y a tout juste un an, je vous écrivais: “Faire des fanas! ”

Faire des fanas de tous vos hommes, gradés compris, c’est-à-dire faire que tous réussissent leur passage dans l’Armée, deviennent des citoyens conscients de leurs devoirs de Français, aptes à donner la meilleure image de l’Armée, à resserrer ainsi le lien entre l’Armée et la Patrie. Et les “recettes”, les pistes de cette réussite, c’étaient:

Y CROIRE,
RECONNAÎTRE L’AUTRE,
EXIGER BEAUCOUP,FAIRE DU MILI.

La consigne reste valable, c’est un domaine où l’on n’a jamais fini de travailler…

Mais, bien entendu, cette mission, vous ne pouvez la remplir qu’en passant par vos cadres, officiers et sous-officiers: ils sont vos moyens d’action, vos relais, vos multiplicateurs! Et former vos cadres, cela consiste à en faire aussi des fanas pour qu’ils soient aptes à faire des fanas de leurs soldats: c’est votre mission.

Vaste programme !!!

Car, à vous écouter, bien de vos ennuis proviendraient de ce que trop des jeunes cadres (officiers et sous-officiers) sortent de leurs écoles sans “métier”, manquant d’expérience, de sens du contact… qu’ils doivent encore TOUT apprendre!

Je ne relèverai pas que métier et expérience supposent un peu d’ancienneté… je soulignerai seulement que les écoles n’ont guère que les moyens et la possibilité d’enseigner la “théorie” (J’ai eu l’honneur de commander l’ENSOA … je connais!).

Il faut bien prendre conscience de ce que ces jeunes cadres découvrent chez vous leur premier régiment, y prennent leur premier contact de service avec la troupe,avec les autres cadres, avec leurs supérieurs hiérarchiques… qu’ils n’ont en arrivant qu’une “idée” de ce que sont les différents organes de ce “CORPS” dont ils sontmaintenant partie intégrante.

De ce constat, quelques conclusions pour l’action:

• partie intégrante de votre régiment? Encore faut-il que cette intégration, on y travaille, que l’accueil soit ce qu’il doit être, que la chaleur des premiers contacts, les attentions des premiers moments, fassent sentir aux intéressesqu’ils sont de la maison dès le premier pas qu’ils y font. Est-ce le cas chez vous? Qu’allez-vous faire pour que cet accueil soit une vraie rencontre chaleureuse, amicale?

• une idée de ce qu’est ce régiment? L’enseignement théorique reçu à l’école, à qui appartient-il de le concrétiser? Ne peut-on modifier cet “Allez vous présenter à… ” par quelque rite plus amical, guidé par un “ancien”, un rite qui permette au nouveau venu de visiter les êtres et les gens dans la sérénité, quil’aide à surmonter sa timidité, son trac… qui oblige ceux qu’il visite à le recevoir comme ils aimeraient être reçus, qui fasse connaître sans perte de temps les têtes, les locaux, la géographie, les ressources… Vous agissez ainsi? Ne peut-on encore perfectionner le système avec la volonté de le rendre plus sympathique, plus concret, plus pratique, plus utile… en mettant TOUT LEMONDE dans le coup, y compris les ST et le major?

• le premier contact de service: avec lui, nous débarquons dans le métier proprement dit. Quelques questions:

o qui présente ce nouvel arrivé à ses hommes, et ces hommes au nouveau venu… avec, à l’appui, les quelques phrases bien senties,venues du cœur?
o qui réunit pour une première rencontre ce cadre qui débarque avec ceux qui sont maintenant ses “collègues” de travail?
o qui organise cette “soirée” indispensable où, dans un cadre sympa, le“nouveau” va se raconter, se faire connaître? Et qui va l’aider à se“déboutonner”, pour que tous le connaissent?
o qui, de loin, “surveille” la première mission du “nouveau”, après avoir réuni les meilleurs conditions de son succès?

Notez que je vous parle des cadres mais que le problème est exactement le même pour tout nouvel arrivant, gradé ou pas.

Et je voudrais encore ajouter quelques trucs d’ancien, à titre de suggestion:

Le chef de Corps affecte ses cadres à l’intérieur de son régiment. Il doit veiller à mettre le nouveau dans une unité rôdée, à la tête d’un groupe, d’une section, d’unecompagnie, qui tourne rond. C’est là seulement qu’il apprendra vite et bien les ficelles du commandement dont il ne connaît que la théorie.

L’on confie souvent le démarrage des jeunes cadres à leur capitaine. Celui-ci a évidemment son rôle à jouer. Mais une fois sur deux il débute aussi dans un métier où il a beaucoup à apprendre, celui de commandant d’unité. Il faut donc l’aider et alors partager la mission en deux. Pour le service courant, au capitaine de jouer, avec un petit coup de pouce, une aide supplémentaire au débutant.

Mais, chef de Corps, vous menez une instruction des cadres. Croyez-moi: dissociez de cette instruction les “nouveaux” de l’année et pendant un an, confiez-les à l’un des plus rassis de vos subordonnés avec un petit programme à votre façon:

• connaissance des services du Corps: présentation, visite, fonctionnement.

• instruction de l’instructeur: au tir, au combat, au sport – perfectionnement, contrôles, préparation réelle des exercices.

• l’art de commander, de détendre l’atmosphère, de parler à l’autre, de l’écouter, de le consulter sans en avoir l’air…

• …et tout ce que vous trouverez à y mettre (mais l’année est courte!) et qui pourrait “assouplir” vos clients, leur montrer qu’ils ne sont pas une race à part,que le contact chaleureux avec l’autre, c’est (c’était?) la caractéristique traditionnelle des officiers français et… qu’il n’y a pas de mal à cela!

En un mot, il s’agit de les faire tomber du piédestal où trop souvent ils se sont hissés dans leurs écoles, de les remettre au niveau des autres, au contact des autres, à l’écoute des autres… des autres qui seront peut-être leurs camarades de combat mais qui sont sûrement leurs soldats.

Peut-être pourriez-vous leur rappeler le slogan des TROIS COMME… ou celui des TROIS AVEC… pour qu’ils sachent aussi RIRE avec! En école, on apprend la théorie. À vous de leur apprendre la pratique!

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