contrôle
Mon cher ami,

À PROPOS DE TROIS CAS CONCRETS…

Le Général DELAUNAY a fait part aux Commandants de Région des troisconstatations suivantes:

– “Circulant en forêt ce matin, en sportif, j’ai rencontré une “harka” de soldats enkaki, diversement (et mal) accoutrés, sans armes, avec deux cartes pour trente,alors qu’ils étaient supposés faire une course d’orientation collective…

– Entendant des coups de feu, je suis allé et j’ai vu au champ de tir les employés d’une C.C.S. “ se débarrasser des 5 cartouches mensuelles ” sur C.200,manquant – bien entendu – la cible à 200 mètres, trop éloignée pour eux…, un Lieutenant commandant le tir, deux sous-officiers notant les impacts, un gradé PDL faisant tristement lancer des grenades à quelques soldats… les autres attendant (la quille?)

– Entrant quelques minutes après, inopinément, dans un quartier, j’ai trouvé 200 recrues apprenant tristement à mettre l’arme sur l’épaule… ce qu’ils font, m’a-t-on dit, 2 heures par jour… sans compter les délais d’entrée et de sortie des armes de l’armurerie. ”

Un peu inquiet (malgré tout), sachant que notre CEMAT possède un toit dans la région, je me suis renseigné pour savoir si ces… incidents s’étaient produits ici… C’était ailleurs. Ouf!

Vous avez ma confiance, mais vous aussi pouvez être “trahis”, d’où mon inquiétude. Que celle-ci ait pu naître m’incite à insister à nouveau sur:

• la discipline, la tenue, la rigueur,
• la révolution nécessaire de l’instruction du tir,
• l’ordre serré,
• l’obligation du contrôle.

1 – LA DISCIPLINE.

C’est:

un règlement auquel il faut se plier, obéir. Un cadre de vie où chacun trouve son compte, qui protège aussi bien celui qui exécute que celui qui ordonne;
une nécessité pour toute collectivité, une nécessité absolue pour une collectivité dont la finalité est la guerre, dont la vie quotidienne est l’entraînement à la guerre, dont les membres servent chaque jour des matériels de guerre, de l’armement fait pour tuer, utilisent des munitions réelles, des véhicules de combat…
un signe, quand cette discipline passe dans les mœurs, que chacun l’assume, la prend en compte. Quand le petit détachement envoyé en forêt pour une course d’orientation (par exemple) est en tenue, dans la tenue prescrite, avec le matériel voulu… c’est le signe que votre action est comprise.
une véritable foi, celle que vivent des disciples, des hommes convaincus,liés à leur chef par le sens de l’obéissance certes, mais aussi par cette connivence des esprits dont je vous ai parlé et qui s’appelle la discipline intellectuelle.
 

La force principale des Armées : un règlement à connaître et à appliquer, une nécessité rigoureuse pour une collectivité destinée à faire la guerre, un signe de cohésion, la foi qui réunit des disciples… autant de facettes, autant de moyens pour le chef de faire comprendre, admettre, pratiquer la discipline.

2 – LA RÉVOLUTION NÉCESSAIRE DE L’INSTRUCTION DU TIR

Il y faut d’abord une PÉDAGOGIE: on ne fait bien que ce qui intéresse. Donc d’abord, intéresserau tir , et en même temps user du tir pour marquer que le jeune homme devient un homme, le civil un soldat. Commencez donc la vie militaire de vos soldats par un tir… même sans instruction préalable, sauf ce qui peut et doit s’apprendre en 3 minutes au pas de tir. Et ce premier tir, il faut qu’il soit réussi, là aussi, il s’agit de gagner. Donc, mettez les cibles à distance suffisamment courte. Ne commencez pas par un tir sur visuel, mais prenez donc une silhouette. Faites guider le tir… discrètement, par conseils “amicaux”…
 
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Il y faut ensuite une PROGRESSIVITÉ, j’allais dire une progressivité individuelle,personnelle. Car enfin, Dupont peut tirer bien en 2 séances (et vous lui confierez unFRF.1) pendant que Durand continue d’arroser largement sa cible. Et l’instruction du tir,cela ne consiste pas, mais pas du tout, à suivre un programme donné (5 cartouches sur SC.1 à 50 mètres en position couchée, puis même chose debout…) cela consiste à faire en sorte que chaque homme soit capable de tirer sa première balle AU BUT, avecSONarme, à distance normale d’emploi, et au bout de 2 mois maximum.

Donc une progressivité individuelle et autant de séances qu’il en faut à chacun,en fonction de ses résultats.

Il y faut enfin une AMBIANCE. On a parlé du culte du tir! Je vous ai raconté les séances de tir de la nième compagnie, avec son “grand livre des tirs“, son rituel, son cérémonial à la fois rigoureux et décontracté (le calme des vieilles troupes!) et ses résultats étonnants. J’ajouterai que cette ambiance, elle est faite aussi d’exemple: vérifiez-le vite, mais croyez-moi: si la 3ème section de la 2ème compagnie tire mal, c’est peut-être bien que son lieutenant et ses sous-officiers sont eux-mêmes des tireurs médiocres!

D’ailleurs, pourquoi pas, dans l’instruction des cadres, insérer des séances de tir? Et pas seulement au PA! Cela coûte cher en munitions? Mais non! Il s’agit seulement de mettre au but… et de stopper le tir dès que c’est fait.

Bien sûr, il y a des trucs: le tir de duel – le tir sur ballonnets (avec les économies correspondantes sur la ciblerie) – et puis les tirs « d’embuscade », les tirs “boule de feu”pour ceux qui vont en véhicules…

Et il y a la FOI, la vôtre, capable d’instituer une RELIGION DU TIR.

3 – L’ORDRE SERRÉ.

Je ne vais pas y revenir. Je vous ai écrit que je m’en foutais! Et vous avez bien compris qu’il y a une “dose létale” d’ordre serré, encore accusée par le “cérémonial” de perception et de réintégration des armes… que l’ordre serré, cela se distille à petites doses, à des gens qui ont compris et déjà, d’eux-mêmes, cherché à faire.
 

Portez donc votre effort sur tout ce qui vous ferait gagner du temps, tout en soignant particulièrement (et aux moindres frais) la sécurité de vos armes et de vos munitions.

4 – L’OBLIGATION DU CONTRÔLE.

Quand je parle contrôle, j’enregistre deux réactions:

– la première est faite de susceptibilité: comment? Venir ME contrôler? C’est un manque de confiance…

– la seconde est faite de… cérémonial: un contrôle, mais c’est toute une histoire, il faut prévenir les gens, trouver des créneaux (!), organiser l’affaire, désigner des contrôleurs… et j’en passe!

La confiance d’abord. Ce n’est pas la question: le contrôle, c’est la mission et la responsabilité du chef. Donner un ordre sans en contrôler l’exécution, c’est habituer les subordonnés à obéir approximativement, c’est admettre une dégradation de l’ordre, ce n’est plus commander, ce n’est plus servir! Le contrôle est nécessaire et obligatoire. Il permet de voir si le contrôlé a compris ce qu’on lui demandait, de se rendre compte del’exécution comme du bien-fondé de l’ordre, de jauger la capacité de la troupe contrôlée à remplir telle ou telle mission.
 

Mais le contrôle, c’est aussi vérifier que tout se passe comme cela doit se passer.Et alors, ce n’est pas forcément toute une affaire. Quand il s’agit du contrôle d’une mission globale, je veux bien. Le reste du temps, contrôler, c’est, pour le chef, se promener “le nez en l’air et les mains dans le dos” pour aller voir, sentir, respirer, apprendre à connaître, se faire connaître, bavarder, questionner, demander, recevoir des suggestions, en faire, trouver des idées, découvrir ce qu’il faudrait faire… et j’en passe!

Essayez la méthode: vous m’en direz des nouvelles! En dehors de toute suspicion, vous verrez de plus en plus souvent des gens souriants, contents de voir leur colonel qui s’intéresse à eux, même dans les coins les plus reculés de votre casernement, même pour les exercices les plus mineurs, et vous apprendrez des tas de choses utiles à votre commandement.

Deux heures par jour à baguenauder le nez au vent, c’est sain, hygiénique…Croyez-moi, ça paye!

Voilà pour aujourd’hui. Il s’agit de redites dont l’occasion m’a été donnée par ce papier du CEMAT. Il s’agit de recettes, toutes vécues, toujours applicables… de réflexions que je fais et que je voudrais vous amener à faire, à refaire.

Le 1er mai c’est la fête du travail. Au boulot!

Très cordialement

P.S. – Certains d’entre vous vont quitter leur commandement cet été. Pensez à vos successeurs! Et préparez sans tarder ce document indispensable, la “fiche de tâche” du chef de Corps, votre testament en quelque sorte.

Dans ce document de liaison, vous allez dire d’abord ce que vous faites, ce que vous avez fait et comment vous l’avez fait. Ensuite, vous préciserez ce qui n’est pas fini et qu’il faudra continuer, pour enfin énumérer les différents problèmes qui se posent dans tous les domaines à votre régiment.

Les deux premières parties sont probablement à rédiger de votre main, avec l’avis des uns et des autres. La troisième peut être confiée à vos subordonnés, chacun pour sa spécialité.

Voilà donc quelques suggestions… La forme importe peu, l’essentiel étant que votre successeur CONTINUE votre tâche sans hiatus ni révolution. Son style lui sera propre, mais le progrès de votre Régiment exige qu’il tire dans le même sens que vous.

Et vous qui avez encore plus d’un an devant vous, vous pourriez peut-être déjà préparer ce travail: le faire vous aiderait à y voir plus clair, en cas de besoin!

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