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Mon cher ami,
VISER AU CŒUR !

En m’écrivant, il y a quelques jours, l’un d’entre vous me disait: “ Dans les relations humaines qui forment finalement la trame de vos lettres, vous ne parlez pas du cœur ”.

C’est exact, encore que l’idée apparaisse… de temps en temps!

Et, lors des deux réunions, à Marseille et au Breuil, où j’ai retrouvé certains d’entre vous, j’ai cependant employé la formule ;

“ Viser au cœur!”

Alors, qu’en est-il? Le débat est d’importance, car commander en visant le cœur de ses subordonnés peut tourner à la démagogie. Et commander sans “une parcelle d’amour” me parait relever d’une sécheresse inacceptable.

Aussi vais-je m’abriter derrière une haute autorité… *

Le fondateur des Jésuites, Saint Ignace de LOYOLA, a beaucoup réfléchi sur le problème de l’obéissance. Il avait d’abord été soldat, et lorsqu’il a créé la Compagnie de Jésus, il lui donna une Règle qui, par bien des cotés, s’apparentait à un règlement militaire. Il voulait d’ailleurs organiser une “armée” à la disposition du Pape.
 


Dans cette Règle, saint Ignace distingue trois formes d’obéissance:

celle du corps
celle du cœur (tiens!)
celle de l’esprit.

L’OBÉISSANCE DU CORPS, elle est fondamentale nous dit saint Ignace? C’est la base des autres. Peut-être n’oblige-t-elle pas à penser! C’est une obéissance réflexe… je vous ai déjà parlé du mode ”Garde à vous- Repos”.

Un “garde-à-vous” réglo, piqué au bon moment, élégant, précis, exact… c’est une forme d’obéissance, c’est le premier temps de l’obéissance, c’est le signe de la disponibilité aux ordres qui vont venir, de la déférence vis-à-vis de celui qui va les donner, de l’attention avec laquelle on va l’écouter. Quand le corps obéit, c’est que le reste peut suivre.

Que le corps obéisse est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. “Perinde ac cadaver ”, c’est trop et c’est trop peu!

L’OBÉISSANCE DU CŒUR, le général FRÈRE, commandant l’École Spéciale Militaire l’a rendue célèbre par sa devise:

“ J’obéis d’amitié! ”

Elle est basée sur le lien affectif qui unit le subordonné à son chef, que le chef a su créer avec son subordonné. C’est la forme d’obéissance qui signifie que l’on va mettre du “cœur à l’ouvrage”. On obéit parce qu’on estime son chef, qu’on lui fait confiance, qu’on l’aime bien.
 

Mais si le corps et le cœur seuls obéissent, ce n’est pas suffisant. Et personne n’est obligé d’aimer son chef!

L’OBÉISSANCE DE L’ESPRIT, que FOCH a baptisée: “la discipline intellectuelle ”

C’est l’acte déterminé, volontaire, par lequel le subordonné se met tout entier à l’exécution de l’ordre…

Tout entier: corps, cœur, intelligence. Intelligence, c’est-à-dire connivence avec la réalité, c’est-à-dire la faculté qui permet de prendre en compte ce qui doit l’être, dans sa dimension exacte, pour que l’idée du chef, traduite par son ordre, soit réalisée dans les meilleures conditions.

Si l’esprit obéit, la discipline est sauve et l’exécution correcte. Cette obéissance- là, seule, est à la fois nécessaire et suffisante… si le corps suit! *

Car l’obéissance du corps reste indispensable, c’est le fondement de la discipline, le corps est toujours l’exécutant, l’outil.
 

On peut fort bien obéir en dehors de l’amitié (n’en déplaise à l’ancien Gouverneur de LYON!).

L’amitié, le cœur, cela met de l’huile dans les rouages, cela simplifie bien les choses, cela les rend moins brutales, cela incite à en faire plus, cela crée un climat agréable qui facilite l’exécution, améliore le rendement… C’est en quelque sorte le confort de la discipline! Mais à un chef qui déplaît, l’on doit tout autant obéir.

L’obéissance de l’esprit, c’est l’essence même de la discipline. Elle seule fait marcher exactement le corps malgré fatigues, souffrances, dangers… Elle seule fait que le cœur peut s’y mettre: quand on se comprend bien, quand deux intelligences engrènent bien, l’estime naît, l’amitié n’est plus très loin.

Seule l’obéissance de l’esprit engendre la véritable discipline.
 

L’idéal, certes, c’est que les trois obéissances de saint Ignace s’assemblent, se conjuguent, que le subordonné obéisse à la fois avec son corps, avec son cœur, avec son esprit. Faire ainsi appel à toutes les dimensions de la “PERSONNE” du subordonné, c’est tout l’art du chef.

– … un art parce que nous sommes dans l’humain, que le chef doit commander CHACUN de ses subordonnés comme il doit l’être, en fonction de sa personne propre… sans pour autant faire de favoritisme, sans entretenir une… camarilla! L’amertume du subordonné vient souvent du désir déçu d’être considéré comme une personne… à part entière!

– … un art parce que, pour être bien obéi, il faut des subordonnés de caractère (avoir une opinion à soi est la marque la moins contestable de la personnalité), et que le chef doit garder un juste équilibre entre le poids de l’obéissance qu’il impose et la sauvegarde de la personnalité qu’il respecte.

– … un art parce que le chef doit commander comme il est, avec ses qualités et ses défauts, sans dissimuler (d’ailleurs, chassez le naturel, il revient au galop…), voire en se servant de ses défauts! Et que l’autorité de la fonction n’est que prêtée (jusqu’au contrôle des capacités) ce qui exige du travail, une compétence, une valeur…
Donc, viser au cœur? Peut-être! Mais d’abord commander avec son cœur, avec un cœur “gros comme ça”… en sachant que le chef a un droit absolu de commander, il est là pour cela, mais que s’il néglige ou redoute de l’exercer, ce droit est bien vite périmé.
Alors … Commandez!

Cordialement,
Général Wilfrid Boone

Recherches utilisées pour trouver cet articlejobéis damitié,

Comments

  1. Idée intéressante exprimée ici.

    Il est vrai qu’on a l’impression de ne pas favoriser la motivation en travaillant avec ce que les gens aiment avec la majorité des techniques que tu proposes.

    Toutefois, en te connaissant bien, on sait que c’est quelque chose que tu pratiques quotidiennement.
    Cet article redonne de l’équilibre à ceux qui ne te connaissent pas.

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