Bogdana

Mon capitaine : Saint-Cyrienne, après quelques années dans l’armée, tu es maintenant manager dans le civil. Qu’est-ce que tu as appris à l’armée et qui t’a le plus servi dans le civil ?

Bogdana Torremocha : 

Comme tu le sais, je n’aime pas trop la langue de bois. 

Je vais donc te répondre  franchement : j’ai appris à l’armée à me cogner dans les meubles et à pratiquer la résilience. Cette notion a été fondamentale dans mon avancée dans le monde du privé et mon parcours professionnel. Peu importe le nombre d’échecs. Cela nous permet d’apprendre à nous adapter à une situation et à développer une forme d’agilité et d’élasticité mentale. Je te rejoins entièrement sur le fait que se tromper signifie passer à l’action et prendre des risques pour évoluer dans tous les domaines. 

Les parcours sans faute sont certes admirables mais je crois le plus intéressant et le plus formateur reste l’apprentissage dans la difficulté et le chaos. Ma mère est une ancienne nageuse soviétique, médaillée de bronze Master aux championnats de France 2003 en 100m brasse. Pour elle, la technique  se développe le mieux au moment où l’esprit et le corps sont plongés dans la tourmente. C’est dans la fatigue qu’on développe la méthode de travail la plus simple et la plus pragmatique.

Bien entendu cet état ne doit pas être permanent autrement gare au burn out.

Mon capitaine : Quelle est pour toi la qualité la plus importante chez un manager ?

Bogdana Torremocha : 

Ne pas avoir peur de poser des questions et paraître au départ totalement ridicule. Il n’y a pas de questions stupides, se faire passer au départ pour un idiot est une force. Les gens se révèlent devant toi sans fard soit par leur attitude méprisante à ton égard à cause de ton manque d’expérience ou leur volonté de te faire comprendre au contraire leurs préoccupations.

Des questions absolument bêtes posées en réunion ou sur le terrain permettent aussi de déceler parfois des dysfonctionnements ou des anomalies dans une organisation mais aussi de vérifier que tout le monde comprend la même chose. Cela évite bien évidemment de revenir en arrière et de ralentir une action entreprise de manière collective, voire de l’annuler complétement car une partie de ton équipe ne te suit plus.

Mon capitaine : Comment booster son leadership. Quels sont les conseils que tu donnerais ?

Bogdana Torremocha : 

L’humain est le fondement  de pratiquement tous les métiers. Donc tout part de là. Si tu es manager et que tu passes plus de temps devant ton écran qu’avec tes collaborateurs, il y a dans ce cas-là un problème. En ce qui me concerne et en tant que directrice de filiale, je m’efforce au quotidien d’envoyer le moins de mails possible en pratiquant les échanges directs avec les autorités organisatrices ou mes collaborateurs. On gagne en considération si et seulement si on apprend à pratiquer l’humain patiemment et avec un intérêt réel. 

Problèmes et solutions

Je pense par ailleurs qu’un directeur ne doit pas accepter de résoudre un problème sans qu’un collaborateur ne lui apporte au moins deux solutions au moment où il lui signale un dysfonctionnement et surtout en respectant la chaîne hiérarchique. Le leadership c’est aussi responsabiliser son équipe de travail pour la rendre respectueuse, force de proposition et autonome dans les limites du raisonnable. Ainsi, tu as la paix pour penser le coup d’avance et faire de la stratégie dans le cadre de tes fonctions.

Délégation

Il est indispensable que ton équipe comprenne que tu n’es pas là pour faire les choses à sa place. Pour assurer une certaine forme de crédibilité, la prise de hauteur et de détachement sont nécessaires. Une trop grande proximité des équipes et l’absence de distance détériorent le leadership car tu deviens abordable  n’importe quand et surtout pour faire n’importe quoi. Cela devient commode, tu prends toutes les décisions à la place de tes collaborateurs. Je m’intéresse énormément à l’humain mais j’évite le paternalisme car les gens s’installent dans une forme de routine confortable où tout repose au sommet de la pyramide, sur les épaules de leur directeur. La décision doit être prise les ¾ du temps avec ton équipe autrement les risques de dissensions sont grands nos seulement dans l’encadrement mais en cascade dans la masse salariale chargée de réaliser la mission première.

Humour

L’être humain aime rire, pratiquer l’humour à haute dose. Quand l’inspiration ne vient pas, il faut le faire à l’usure surtout dans des situations kafkaïennes. Ainsi on dédramatise une situation et ça évite d’installer un malaise dans la durée parmi tes coéquipiers…

Enfin arriver au travail reposé et éviter de rester jusque tard dans la soirée sauf si il y a un sujet spécifique à traiter tel qu’un appel d’offre. Rien de pire que l’image d’un directeur fatigué et besogneux. C’est un avis très personnel mais je pense qu’un chef qui prend soin de lui et de son équipe absorbe le stress inutile et la fatigue psychique et physique dans le groupe. 

L’efficacité n’est pas là où on le pense !

Je me souviens d’un responsable en école militaire qui faisait une pause de 10 minutes pendant les manœuvres à midi et mangeait des biscuits apéritifs dans son véhicule. Au bout de trois jours tous les élèves étaient épuisés car ils devaient suivre son rythme et détestaient l’encadrant. La manœuvre était imparfaite et mal éxécutée. A contrario je remercie Didier Pischedda, à l’époque instructeur aux écoles de Coëtquidan de nous avoir donné l’exemple sur la manière dont il fallait s’entretenir au quotidien pour rester opérationnel : ne pas pousser l’organisme à bout, se nourrir correctement, dormir suffisamment quand la situation le permettait et agir avec pragmatisme et sans précipitation.

Mon capitaine : Un conseil pour booster sa communication ?

Bogdana Torremocha : 

Il faut être le plus simple et le plus clair possible dans ses propos. On peut tout dire mais en restant factuel et en y mettant la forme. C’est ma méthode et elle est peut-être critiquable mais je m’adresse de la même manière à mon chef qu’à mes collaborateurs c’est-à-dire avec de la simplicité dans le langage et du pragmatisme. Ainsi il n’y a pas d’interprétations multiples de ma vision du projet d’entreprise.

Mon capitaine : Un conseil pour booster son organisation personnelle ?

Bogdana Torremocha : 

Limiter le temps de présence devant les écrans. Sauf cas de force majeure ne plus répondre aux appels après 19h00.

Cesser de répondre à tous les mails en permanence. Ne sélectionner que les plus importants. En tant que directeur votre rôle n’est pas de vous emparer de tous les sujets.

Cesser de parler du travail à table si vous déjeunez avec vos collaborateurs. C’est psychologique, vous vous aérez l’esprit et vous êtes plus agile lorsque vous reprenez.

Mon capitaine : Une ou deux bonnes pratiques à mettre en place dans son quotidien ou dans sa semaine ?

Bogdana Torremocha : 

Une activité physique obligatoire et de préference près de votre travail. Vous ne vous comportez pas de la même manière lorsque vous êtes moins tonique et fatigué. Vos détracteurs (et vous en avez forcément ) ont plus de prise sur vous, ne leur faites pas ce plaisir !

Pratiquer aussi une activité ludique en semaine, utile pour votre vie professionnelle  et vous permettant d’envisager l’étape suivante de votre projet. Pour moi c’est la pratique de la langue anglaise par exemple.

Mon capitaine : Quand tu es confronté à un problème avec un collaborateur. Appliques-tu une méthode particulière pour résoudre ce problème ?

Bogdana Torremocha : 

Avant d’envisager de parler tout doucement avec un gros bâton à la main et de procéder éventuellement  à une sanction (ça arrive…), je pratique le questionnement  pour que le collaborateur en vienne lui-même à l’évidence qu’il a commis une erreur. Je ne recherche pas forcément un aveu car la situation peut parfois être traumatisante pour mon interlocuteur. L’objectif est que la personne  arrive à la conclusion elle-même qu’elle agit de manière inappropriée et qu’elle entreprenne une démarche pour corriger une situation ou pas si le problème initial devient finalement un non-sujet.

 En revanche lorsque les faits sont trop graves, je rentre dans un mode directif et je prends totalement la main quitte à prendre parfois des risques. Je sais à ce moment- là que je suis dans mon rôle. L’absence de pilotage et de réponse du chef au cours d’une situation anormale décrédibilise totalement l’équipe de direction et installe un climat délétère dans une entreprise dont une minorité peut parfois profiter pour croître et ralentir la productivité d’une organisation.

Mon capitaine : Quelle est l’anecdote la plus croustillante de ta vie de manager ?

Bogdana Torremocha : 

Quand un de tes collaborateur rencontre ta mère et lui demande des conseils pour essayer de te dégoter un fiancé !

Mon capitaine : Quelle est ta plus belle satisfaction humaine ? 

Bogdana Torremocha : 

Quand un recrutement de collaborateur est juste et que la personne réalise non seulement le travail attendu mais prend des initiatives pour optimiser le fonctionnement d’une organisation.

Mon capitaine : Quelle est ta plus belle réussite ? 

Bogdana Torremocha : 

Lorsque le client te remercie et que l’entreprise crée de la valeur. C’est peut être bateau mais la réussite d’une filiale  passe par la création de richesses et la satisfaction client. J’enfonce des portes ouvertes…

Mon capitaine : Si tu aimerais que je te pose une question, c’est le moment  🙂 

Bogdana Torremocha : 

Quand est-ce qu’on parle de l’importance de l’humour dans des situations difficiles sur mon-capitaine.com ?

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