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1. L’auteur

Né en Prusse en 1888, Heinz Guderian commença sa carrière dans les transmissions. Après la Première Guerre mondiale, il fut affecté au sein de la Reichwehr au sein du bureau des transports motorisés. Il participa donc au développement du concept allemand de combat blindé pendant quinze ans. À la tête d’une division blindée, il participa aux campagnes de Pologne et de France puis, avec un corps blindé, il mena les vastes encerclements des forces soviétiques durant l’été 1941. Il fut relevé de son commandement en décembre, après un désaccord sur la nécessité d’un repli devant Moscou. Rappelé en mars 1943 comme inspecteur des troupes blindées, il initia la réorganisation des unités de Panzers en vue de la bataille de Koursk. Il fut nommé chef d’état-major de la Heer de l’été 1944 à mars 1945. À l’issue de la guerre, il publia ses mémoires intitulées Panzer Leader.

2. Synthèse de l’ouvrage

Achtung Panzer ! fait partie des ouvrages militaires majeurs souvent cités, rarement lus. Paru en 1937, jamais traduit en français, seulement en 1992 en anglais, il constitue le fond doctrinal qui sous-tend les opérations blindées allemandes, avec le succès initial que l’on connaît. C’est aussi un ouvrage de commande. Alors qu’il vient de prendre le commandement d’une division blindée, Guderian l’écrit à la demande du général Lutz, son ancien chef du bureau des troupes blindées. L’effort de guerre allemand, s’il est impressionnant, est fortement convoité par les différents services. Malgré le soutien d’Hitler, le haut commandement reste réticent.

Le livre est donc édité pour convaincre de l’utilité des blindés afin de s’assurer d’une part élargie dans la manne du réarmement, ainsi que de mettre un frein à la création des divisions légères motorisées qui gênait la montée en puissance des divisions de Panzers. Il s’agit aussi d’une œuvre théorique qui veut aider l’Allemagne à préparer la guerre qui se profile dans un horizon immédiat.

image achtung panzer guerreMais cette approche s’enracine sur une étude historique approfondie des expériences de la Première Guerre mondiale. Ainsi Guderian loue les Britanniques et les Français comme étant les précurseurs du char. Il y dénonce également le manque de réaction des Allemands face à l’apparition de cette menace. Dans une Allemagne nazie prompte à défense la thèse de la trahison des arrières, cette position est courageuse, car il admet que les forces allemandes ont, avant tout, été battues sur le champ de bataille. Il s’appuie aussi sur une vaste culture d’officier, maîtrisant parfaitement l’anglais et l’allemand, ce qui lui permet de faire directement appel aux auteurs étrangers de Fuller à De Gaulle, récemment publié à l’époque.

Le niveau d’analyse de Guderian reste résolument opératif, en tirant les enseignements des engagements du précédent conflit. Il décrit l’incapacité de la cavalerie à conserver le caractère mobile du combat en 1914 ainsi que la faiblesse de l’infanterie en attaque, même soutenue par une puissante artillerie. Après avoir détaillé la difficile naissance de l’arme blindée, il étudie des cas significatifs comme Cambrai, le Chemin des Dames, Soissons, Amiens.

Pour les Français, l’attaque du 16 avril 1917 à l’est du Chemin des Dames représente un cas où la nouveauté technique, dont les inévitables défauts, s’allie à des erreurs d’organisation et de tactique pour donner un résultat décevant. Pour les Allemands, cet échec les conforte dans leur décision de ne compter que sur l’artillerie pour stopper les chars.

Côté britannique, Cambrai, le 20 novembre 1917, reste l’exemple typique de l’engagement d’une arme nouvelle qui ne bénéficie pas du soutien des chefs. Alors que les chars, pour la première fois engagés en nombre, ont percé sur plus de dix kilomètres de profondeur les lignes allemandes, le commandement anglais n’a pas disposé de réserves capables de transformer cette victoire tactique en percée majeure.

La contre-offensive de Soissons du 18 juillet 1918 est symptomatique des carences de la conception française d’emploi des blindés. Engagés au sein des divisions d’infanterie, ils contribuent largement aux succès initiaux, mais obligés de se mettre au pas de l’infanterie, ils ne peuvent offrir au commandement français l’opportunité d’encercler l’ensemble des troupes allemandes engagées sur la Marne. En une journée, le front allemand s’est littéralement effondré sur quarante kilomètres. Cependant, l’incapacité française à relancer immédiatement les blindés vers l’avant permet à l’adversaire de reconstituer une solide deuxième ligne, en particulier de concentrer de puissants moyens d’artillerie.

La bataille d’Amiens du 08 août 1918 permet grâce à une courte, mais intense préparation d’artillerie et par l’emploi massif des chars de provoquer une avance majeure. Les déploiements s’effectuent juste la nuit avant l’assaut, tout en multipliant les opérations de déception dans les autres secteurs, afin de préserver l’effet de surprise. Une forte réserve blindée est constituée pour exploiter les premiers succès obtenus par l’infanterie appuyée par les chars. 500 avions sont assignés à l’attaque, dont un bon nombre à l’appui direct des troupes au sol. Les assaillants bénéficient, de plus, de l’incapacité allemande à s’adapter à la nouvelle menace. Alors que les Allemands se trouvent dans l’impossibilité de s’opposer à toute nouvelle offensive pendant une bonne partie de la journée, les Britanniques s’arrêtent sur les objectifs fixés. La cavalerie envoyée pour exploiter se fait tailler en pièce par les faibles réserves allemandes montant en ligne. Les Allemands perdent dix divisions complètement anéanties, mais les Alliés n’exploitent pas de nouveau un succès qui aurait pu amener l’effondrement complet du front.

Guderian en tire trois leçons principales :

  • Les chars sont peu utiles s’ils sont engagés en détail et doivent l’être massivement.
  • Les blindés ne doivent pas être gaspillés sur un terrain impraticable.
  • Les meilleurs résultats s’obtiennent quand l’emploi massif des chars s’effectue par surprise.

Il n’y a rien d’original dans ces conclusions, elles se retrouvent chez les théoriciens français et britanniques. Mais cette capacité à tirer le meilleur des expériences étrangères est d’une grande honnêteté intellectuelle, car celles-ci sont soumises au crible d’une analyse sans complaisance des parties concernées, en particulier pour son propre camp. Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur s’intéresse aux évolutions de l’après-guerre. Il dénonce en particulier l’attitude qui consiste à asservir les chars au rythme de l’infanterie à pied et vise explicitement les tactiques françaises. Il s’attache à la coopération interarmes, prônant le développement de l’infanterie mécanisée et de l’artillerie automotrice.

Sa vision du corps blindé inclut à la fois la rupture du front et l’exploitation qui suit. Pour assurer la simultanéité de l’attaque dans la profondeur, il conçoit le soutien aérien comme directement complémentaire des chars. Des quelques affrontements entre blindés lors de la guerre précédente, il conclut que le pire ennemi du char est le char. Il se garde par ailleurs de tirer des conclusions trop hâtives des engagements d’Espagne, soulignant la faiblesse de la présence blindée. Sa revue des théories existantes l’amène à aborder les auteurs soviétiques met en avant leur innovation dans le concept d’attaque dans la profondeur et dans l’utilisation des parachutistes, dont il pressent toutes les potentialités.

3. Analyse – Avis

L’intérêt de l’ouvrage de Guderian réside à deux niveaux.
Le premier est celui de l’analyse des cas concrets. Toute la réflexion s’enracine dans une analyse très fine des différentes actions. L’armée allemande n’échappe pas à la critique pour son incapacité à comprendre la menace blindée, même une fois l’effet de surprise passé. Les Alliés sont dénoncés pour avoir manqué maintes occasions de victoire par un emploi adapté des blindés. Chaque cas est extrêmement détaillé et les conclusions clairement soulignées démontrent ainsi tout le parti qui peut être tiré de l’histoire militaire soumise au prisme de l’expert militaire.
Le second point est l’aspect prédictif de l’ouvrage. Il décrit parfaitement les erreurs françaises dans l’emploi des blindés, errements qui s’éclaireront trois ans plus tard. Il identifie clairement la nécessité du combat interarmes, avec la présence d’artillerie et d’infanterie mécanisée, objectif que les Allemands n’arriveront pas à mettre en œuvre à la différence de leurs adversaires. Malgré le peu de cas existants, qu’il étudie en détail, il avance définitivement que l’ennemi principal du char est le char, proposition loin d’être acceptée à l’époque. Le combat dans la profondeur opérative, prônée par les Soviétiques, ne lui a pas non plus échappé.

Bien plus que des mémoires, « Panzer Leader » est la conclusion de l’œuvre qu’aura été la vie de ce personnage hors du commun qu’est Guderian. S’il n’apporte pas de bouleversement dans la pensée conceptuelle sur l’emploi des blindés et la guerre moderne de mouvement qu’il a déjà exprimé dans le plus célèbre « Achtung Panzer » de 1937, ce livre est à la fois l’étude après action de la pertinence du concept initial, mais aussi une mine historique sur l’Allemagne nazie en guerre, et enfin une démonstration, certes facile car effectuée à posteriori, d’une certaine idée de l’état d’officier qui, avouons le, reste internationalement un modèle presque mythique.

Mûri par une réflexion imposée par l’internement d’après guerre qu’a subi l’auteur et les longs interrogatoires qui ont émaillé cette période, ce monstre de près de 500 pages est donc, tout d’abord, l’analyse démonstrative du concept des troupes blindés passé au fer rouge de la dure réalité de la guerre. Si cet exercice peut parfois ressembler à une tentative de justification, Guderian s’attache à démontrer la validité de son concept de formations blindées cohérentes, intégrant les blindés, l’infanterie, les appuis au sein de formations ( divisions, corps et même armée) cohérentes par leur mobilité et protection. Il met d’ailleurs en avant, et c’est peut-être une des principales leçons tirées, l’impact progressivement dévastateur de la dispersion des efforts d’organisation, de commandement , d’emploi et d’équipement des troupes blindées. Par cette démonstration implacable par sa cohérence, l’auteur défend jusqu’au bout la maxime qui l’aura guidée tout au long de sa carrière : « ne pas éclabousser mais écraser ». C’est ainsi qu’il justifie les victoires initiales puis l’étiolement progressif de la puissance allemande, incapable dès la fin de 1941 de porter un effort décisif de-part son éparpillement sur différents fronts.

De plus, «Panzer leader», de part les fonctions qu’ a occupé Guderian, est un témoignage unique sur l’Allemagne nazie en guerre. I’ouvrage permet, en effet, de mieux comprendre certains évènements clés du second conflit mondial, comme notamment la victorieuse campagne de France, l’essoufflement de la campagne de Russie et enfin l’écroulement du Reich. Ces grands épisodes sont relatés par un personnage qui s’est situé au plus près, ou bien souvent, à la source des actions décisives de conception, de commandement ou de décision du second conflit mondial du coté allemand. En complément de l’Histoire avec un grand H, on comprend mieux certains aspects de l’inflexion des évènements et en particulier l’importance du facteur humain aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Ainsi, il apparaît qu‘en parallèle de l’art intrinsèque de la guerre, de la préparation des forces, de la conduite des opérations, etc …, des notions telles que l’ambition, l’arrogance, la vanité, …, mais aussi, l’exemplarité, la droiture, le sens de l’honneur, bref…, tout ce qui fait de l’humanité une notion si singulière et imprévisible, ont une influence gigantesque sur l’issue d’un conflit et ce dans les mains d’un cercle relativement restreint . Alors que les armées occidentales d’aujourd’hui sont lancées dans une course éfreinée à la technicité, notamment dans le développement de leurs systèmes de commandement, l’exemple récent des déconvenues de la coalition en termes de conduite des opérations lors d’ « Iraki freedom » semble confirmer que l’homme est toujours au cœur du problème, ….. comme à l’ère de Guderian.

Dès lors, c’est ici que l’exemplarité de Guderian, en tant qu’homme et qu’officier, démontrée tout au long de l’ouvrage prend toute sa valeur. Sa manière d’être affichée tant dans ses relations avec ses subordonnés et la troupe, mais aussi avec ses chefs est un modèle emprunt de grandeur d’ame qui peut laisser rêveur d’autant que le recul des années et des multiples témoignages l’ont validé et conforté. L’exemple du chef , tout d’abord, sublime les grandes décisions , les plans et les concepts. Sans sa ténacité, et sa présence incessante aux points et moments clés de la formation, de la conception, de l’action, pas de percée de Sedan, pas de résistance face au monstre russe, etc ….Sans sa fermeté dans ses opinions, frisant souvent la désobéissance, contrariant régulièrement le conformisme et la soumission de ses chef et de ses pairs, enfin déclenchant de manière exponentielle l’ire du Führer, mais toujours dans le respect de l’intérêt suprême de l’Allemagne, les succès de cette dernière auraient sans aucun doute pris une autre tournure.


Pour toutes ces raisons, « Panzer leader » est sans aucun doute un ouvrage de référence indispensable à celui qui se veut être un connaisseur des blindés et de leur utilisation dans un combat dynamique et interarmes, mais c’est aussi une autre manière de revisiter l’histoire du second conflit mondial par un de ceux qui en a été un des acteurs clé et c’est enfin, une expérience incontournable pour l’officier d’état-major, riche d’enseignements sur une manière d’être qui aurait peut-être tendance à se raréfier, …. Grandeur, exemplarité et désintéressement .

 

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